2.caravane

AOROUNGA ET GWENI-FADA,

IMPACTS GEANTS DE METEORITES 

DANS LE SAHARA TCHADIEN

Email : abeltoumai@yahoo.point.fr

Cliché ci-dessus : Alain Beauvilain, droits réservés

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Dessin de Richard Bourdoncle in 'Pages d'histoire naturelle de la terre tchadienne', pages 8-9, texte pages 7 et 10. Alain Beauvilain, CNAR / CAFE, N'Djaména, 1996.

LES IMPACTS DE METEORITES DANS LE SAHARA TCHADIEN

Le Sahara est l'un des grands livres de l'histoire de notre planète, la Terre. Inlassablement, l'alizé du nord-est, appelé ici harmattan, tourne les pages de ce livre. C'est un vent qui peut être violent et qui est d'autant plus érosif qu'il s'arme de grains de sable. Aussi, tourne-t-il les pages à sa manière à lui. Une page tournée est une page effacée !

Aorounga 2

Le Bembéché et l'impact circulaire d'Aorounga d'après une scène de Google Earth.

Le Borkou et l'Ennedi forment l'une des régions du monde où le vent est le plus permanent à défaut d'être le plus violent. Localement son orientation marque une grande constance alors que dans son ensemble il contourne le puissant cône volcanique de l'Emi Koussi. Il a façonné d'impressionnants couloirs éoliens dans les plateaux de grès et, plus facilement, dans les diatomites. Ces couloirs prennent sur de vastes dimensions (soit à petite échelle pour les scientifiques), une orientation très nettement circulaire sur la moitié sud du cône volcanique. Ils caractérisent toute la région du Bembéché qui est comprise entre l'oasis de Faya et la structure d'impact d'Aorounga (photo d'après Google Earth).

Si certaines pages, telles celles de sites fossilifères, sont ouvertes et refermées pour toujours en quelques décennies, celles d'impacts géants de météorites s'inscrivent nettement et longuement dans le paysage et sont parfaitement visibles depuis les satellites d'observation de la Terre. C'est le cas au Tchad des impacts d'Aorounga et de Gwéni-Fada.

A l'initiative du Centre National d'Appui à la Recherche (CNAR, Ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche de la République du Tchad), trois missions franco-tchadiennes ont été menées sur ces impacts autour du Professeur Pierre Vincent, volcanologue, professeur émérite de l'université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand. Géologue, Pierre Vincent avait mené dans les années 1950 et 1960 des missions annuelles de prospection minière dans le Tibesti et dans l'Ennedi et avait dressé les toutes premières cartes géologiques de ces régions. Il en avait aussi rédigé une thèse consacrée au volcanisme tertiaire et quaternaire du Tibesti.

Ces trois missions ont eu lieu en 1993, 1994 et 1995 :
- avril 1993. Pierre Vincent et Mathieu M'Baïtoudji, ingénieur géologue au projet Minier (PNUD) de la Direction des Recherches Géologiques et Minières de la République du Tchad (DRGM), au retour d'une longue mission dans le Tibesti, effectuent une première reconnaissance de la structure circulaire d'Aorounga afin de préparer une mission plus importante ;
- avril 1994. Pierre Vincent, Alain Beauvilain (CNAR) et Ali Moutaye Hamit, ingénieur géologue au projet Minier (PNUD) de la DRGM échantillonnent l'impact d'Aorounga. Ils sont accompagnés de Najia Zekri, d'Yves Delacroix (inspecteur de l'Education Nationale pour le Borkou-Ennedi-Tibesti) et de son épouse Ermana, de Sergio et Adriana Scarpa Falce, tour operateur de leur société Spazzi di Aventura, société qui fournit la logistique de cette mission ;
- mars 1995. Pierre Vincent, Alain Beauvilain et Najia Zekri échantillonnent l'impact de Gwéni-Fada. Le séjour sur place est réduit à trois jours, des problèmes d'accessibilité par la route d'une trentaine de kilomètres donnant accès presque direct de Fada à l'impact les obligeant à séjourner plusieurs jours à Fada pour finalement devoir faire le tour du massif de l'Ennedi, atteindre le Mourdi et remonter l'enneri Dogouro pour atteindre l'impact supposé. La gestion du carburant et de l'eau, celle de la durée totale de la mission ont été très contraignantes.

Le CNAR et le projet Minier ont appuyé ces trois missions, l'Armée française les deux premières, la Présidence de la République du Tchad la deuxième, la SONASUT (Société Nationale Sucrière du Tchad) la troisième. Cette action d'ensemble a permis de réelles avancées de la connaissance.


LES CRATERES D'IMPACT DE METEORITES DU B.E.T.

Les impacts de météorites sont les chocs les plus violents que la Terre ait pu subir. Lorsque que les météorites sont de grandes dimensions, l'énergie dégagée par le choc d'impact est telle que la surface de la Terre se comporte comme celle d'un océan. Cette énergie correspond en effet au produit de la masse de la météorite exprimée en kilogrammes par le carré de la vitesse en mètres par seconde. Comme pour un caillou lancé dans l'eau, l'impact crée au premier instant une dépression puis des ondes de choc se propagent en rides circulaires à partir du point d'impact. L'instant suivant, la dépression est comblée par la remontée des terrains et la région est relevée par rapport à la situation antérieure. Les formes de relief qui en résultent sont remarquables.
Il ne reste rien des météorites si ce ne sont des bulles dans les roches encaissantes, elles-mêmes fondues et transformées. L'ensemble de la matière extraterrestre et terrestre dégagée, celle-ci correspondant à entre dix et cent fois la masse de la météorite, est envoyé dans l'atmosphère en grande partie sous forme de poussières microscopiques et provoque un important voile qui peut couvrir l'ensemble du globe.
Ce sont deux tels impacts de grandes dimensions qui ont été reconnus dans le Sahara tchadien, précisément dans l'Ennedi (notion ici administrative car géographiquement et géologiquement Aorounga est dans le Borkou). Par comparaison avec des cratères de même taille d'autres régions et suivant la vitesse initiale et la densité des météorites, on peut estimer le diamètre de ces météorites entre 500 et 1.000 mètres. Dans ce dernier cas, leur masse correspondrait à plus de quatre milliards de tonnes pour un alliage fer-nickel.

Aussi, chacun des impacts tchadiens correspond, comme ordre de grandeur, au dégagement d'une énergie d'environ 1020 Joules, soit l'équivalent de 45.000 mégatonnes de TNT ou de 3 millions de bombes de type Hiroshima, ou vingt à trente mille fois celle du tremblement de terre qui, en 1995, détruisit la région de Kobé au Japon. La vie a pu être anéantie sur une grande partie du continent sans compter les conséquences planétaires sur les chaînes alimentaires d'une nuit terrestre possible de six mois.

Des observations font penser à l'existence d'autres impacts qui n'ont pas été contrôlés sur le terrain. Enfin, les surfaces sableuses peuvent masquer d'autres structures d'impact.

VINCENT P.M., BEAUVILAIN A., 1996. Découverte d'un nouveau cratère d'impact météoritique en Afrique : l'astroblème de Gweni-Fada (Ennedi, Sahara du Tchad). C.R. Acad. Sci. Paris, t. 323, série II a, pp. 987-997.

Bibliographie complète en fin de page de Gwéni-Fada.